L'avenir se joue de nous.
Elle n'imagine même pas à quel point elle a tort.
Elle croit que sa route est déja toute tracée, telle une ligne droite.
Une femme indépendante, indéfiniment belle, avec une classe naturelle.
Des jambes interminables, un buste féroce et bombé, un visage fin, régulier, à croquer.
On ne lui donne pas d'âge, il est même presque indécent de penser à son âge car lui en donner un reviendrait presque à la démystifier. On ne donne pas d'âge aux déèsses.
Elle possède cette pureté rare, une pureté étouffante, semi-réelle.
Elle est à la fois brune, blonde, rousse. Ses yeux ne possèdent pas de couleur spécifique, mais au contraire une multitude de pigments variés.
Elle est tout et rien à la fois, c'est ce qui fait tout sa compléxité.
Se détruire les poumons, boire comme un trou. Avec un peu de chance dans quelques temps elle se découvrira une sirose du foie, c'est ce qui peut lui arriver de mieux et au moins cela aura le mérite de la faire réfléchir, bien que rien ne l'ai vraiment fait cogiter jusqu'a présent.
Elle vit dangereusement. Les aventures mouvementées de James Bond ne sont rien à cotés des siennes, quant à Madonna, c'est un sous produit face à elle. Ses sorties nocturnes la mettent à nue, face à des réels dangers qui pourraient lui nuir et qui lui nuisent sans qu'elle le sache. Vomir sur un canapé inconnu, se retrouver à quattres pattes dans le salon d'un appart' à la recherche de son portable qui doit surement être sous ce même canapé, tituber et tomber dans les escaliers, manquer de se faire renverser en traversant la rue, crier, hurler, jouir, voler, s'envelopper d'un doux coton bienfaisant...jusqu'à disparaître sans dire aurevoir à personne.
Une isotopie singulière, intriguante, le genre de mots qui ne laissent pas indifférent.
Boum-boum du coeur. Palpitations. Amour. Battre. Un coeur fort. Le verbe "aimer". Tresaillir de bonheur. Chanter sous la douche. Sauter. Voir la vie en rose. Pleurer. Avoir peur. S'éteindre sans longueur.
Ce vocabulaire me plaît. Il me touche sans que j'arrive à comprendre pourquoi.
Se sentir au chaud dans un lit douillet, aprés avoir passé une nuit au paradis, est la meilleure chose qui existe, bien meilleur qu'un toast de foie gras en période de noël. Cette virée en tant que "noctambule délurée" m'a épuisée; je vais mettre une semaine avant de m'en remettre. Je me sens à la fois fragile et forte, comme différente, grâce à ce voyage initiatique. Et fragile. Fragile à cause de ce sentiment d'instabilité : opposition entre la force et la faiblesse. Je ne pourrais pas contenir ce rapport de conflit longtemps.
Il est sept heure du matin, la sonnerie qui annonce ma mort retentit. Mon cerveau se reveille et envoie un message à mon corps, qui encore endormi, trouve le courage de faire bouger mon index droit. Le reveil s'éteint. Quelques secondes plus tard (enfin, disons quelques minutes plutot) je me "reveille" enfin, le reveil mortel affiche sept heure trentre-deux.
Oh my goooooooooood !Je vais mourrir aujourd'hui.
Je me lève à vitesse grand V, me déshabille et saute dans la douche. En un temps éclair j'ai réussis à me brosser les dents, à me coiffer et à decider ce que je vais mettre aujourd'hui. Sept heure quarante-six.
Le temps passe si vite qu'il en devient précieux et effrayant.
Je m'habille "à l'arrache" et cours dans la cuisine pour prendre ce qui jouera le role de mon petit déjeuner. Une pomme émeraude et une barre chocolatée sans calories. Je fonce dans l'ascenseur et tombe sur monsieur Fayard, mon voisin du dessous (qui me détèste). Je prends les escaliers finalement.
La mort approche.
* *
*
Aujourd'hui je suis morte. Plus morte qu'un kamikaze venant de se prendre une bombe dans la gueule, plus morte que Kennedy qui se fait tirer dessus, plus morte que ce chat qui vient de se faire écraser par un bus, encore plus mort qu'une huître dans l'intestin de Jean-Pierre (à titre indicatif, Jean-Pierre n'existe pas).
Vous allez maintenant pouvoir comprendre le récit déstructuré que je vous ait livré plus haut.
La mort est survenue rapidement, je ne pense pas avoir souffert. Je me rappelle de Suzanna en train de me raconter les nouvelles frasques de sa meilleure amie, et puis ensuite plus RIEN. Le trou noir. Ou plutot le vide blanc. Perdue. J'étais belle et bien perdue.
Au bout d'un certain temps (qui se compte peut-être en jours) je me suis rendu compte que j'étais décédée et cette idée ne me parrut pas boulversante. J'étais morte, rien de plus.
Aprés ce petit temps d'adaptation j'ai réussis à me poser, enfin à me poser intellectuellement et psychiquement.
J'allais pouvoir commencer à visioner mes diapositives cérébrales. Mes images internes, celles qui font parties de mes souvenirs, de mon passé. Je me sens obligée de vous entraîner avec moi dans cette folle course.
14 mars 1986.
Je vois le jour pour la première fois.
Je me sens tout de suite aimée, chérie, comme une petite poupée qu'on vient d'offrir à une fillette. La fille représente ma mère.
Je grandis relativement normalement avec des hauts et des bas, comme dans les milliards de vie d'enfants qui sont sur terre. A l'age des mes dix-sept ans, ma chère gand-mère maternelle m'offre gracieusement une paire de chaussures "top tendance" (à l'époque). C'était décidée, je serais la fille la mieux habillé du lycée (et donc la plus populaire).
Seulement voila, il a fallut qu'ELLE soit la, qu'ELLE gâche ma vie, qu'ELLE détruise mes rêves les plus intimes.
ELLE (on l'appelera de cette façon) est née le même jour que moi. La même année, ainsi qu'a la même heure. Etrange. Pas tant que ça : elle fait partie de moi dans un certain sens. C'est ma jumelle.
Etant enfants, puis adolescentes, nous nous ressemblions comme deux gouttes d'eau. Mais à l'aube de nos dix-huit ans, un drame est survenut. Ce drame changea nos destins à tout jamais.
Pour la crédibilité de l'histoire je ne raconterais pas ce drame.Non seulement elle m'a volé ma vie, mais en plus mon identité. Pour elle (aussi bien que pour moi) une de nous deux était de trop (donc moi). Quand un personne la dérange, elle l'élimine; ma soeur fonctionne de cette façon.
Trés vite, nous avons décidé de ne plus nous fréquenter, cela vallait mieux. Bien qu'ayants partagés de savoureux moments ensemble, le destin avait décidé de nous séparer. C'était désormais chose faite.
Jusqu'à ce fameux soir. Mon ami Pierre et moi-même étions conviés à une soirée d'anniversaire (d'une fille que je ne connaissais pas soi dit en passant). Bel appartement, mobilier luxueux, signes de richesse éxtérieur, et puis ma soeur. Je l'aperçois au loin, prés de la fenêtre, une coupe de champagne dans une main, un pétard dans l'autre. Elle porte une robe qui lui va à ravir, noire et scintillante. ELLE pétille !
Je décide de partir mais Pierre réussis à me convaincre de rester.
"Si tu t'en va, celle elle qui aura gagner".
Comme je décide de perdre, ça tombe trés bien.
Soudain nos regards se croisent. Je retrouve dans ces yeux cette familiarité saisissante et déchirante.
L'homme qui se tient à ses cotés entoure son bras autour de sa taille; elle se met à rire. Un rire incontrôlé et sûrement nerveux; ma venue ne la laisse pas indifférente. 1 point.
La soirée se passe nerveusement bien, une soirée banale et à la fois exceptionnelle. En effet, ce n'est pas tout les jours que deux jumelles ennemies se retrouvent dans la même pièce. Son pseudo-bonheur m'éclate à la figure comme un ballon remplie d'eau.
Au bout d'une heure, un homme d'une trentaine d'années rejoint la soirée. Cocaïnomane compulsif. Cela se voit rien qu'à l'expression de son visage. ELLE le rejoint et fait sa petite affaire.
La drogue ne m'a jamais attiré. C'est quelque chose que j'ai deja tésté bien sur, mais cela ne m'interesse guère plus que ça. Ma soeur se défonce sous mes propres yeux. Pourquoi ne ferais-je pas pareil ?
Sur une pulsion, je me lève, prend place prés du dealeur, lui glisse quelques mots dans l'oreille et mon voyage commence.
Une ligne se dresse devant moi. L'envie me prend de partir en courant, mais je ne peux pas reculer, il est deja trop tard. Sans attendre, je snif ce qui se trouve devant moi et en une fraction de seconde il n'y a plus rien.
Je me retrouve quasiment à coté de celle qui fut ma soeur pendant de nombreuses années; nous sommes séparés par le dealeur. Puis, il se lève et va vagabonder ailleurs. Je me rapproche d'ELLE.
Les soeurs fâchées.
Pas un regard. Pas un geste. Pas un mot. Je me sens soudainement trés seule.